Michelle Ballion

 

Curcubitacés


La fascination que courges, melons, calebasses, spécimens issus  de l’ancienne et grande Famille des curcubitacés, leurs noms mystérieux et l’étrangeté de leurs formes aux couleurs solaires, se placent à l’origine de la proposition de Michelle Ballion.

Nourrie des  singularités  déjà ressenties comme artistiques de ces fruits  devenus familiers car cultivés dans le jardin de son enfance, sa jeune sensibilité y puisa matière à émotions et à transformations. Tropisme solidement ancré, qui, depuis une vingtaine d’années, résonne  dans la cohérence des problématiques que son œuvre soulève, sans se départir du souci de la relation de l’humain avec la nature.

Connue depuis l’Antiquité mais réintroduite en Europe au XVIe siècle, après la conquête des Amériques par Christophe Colomb, la famille des curcubitacés associe à ses qualités nutritives la richesse de son patrimoine culturel. A la variabilité génétique de la plante procédant par hermaphrodisme successif combinant ainsi les deux sexes, se juxtapose l’ambivalence symbolique des légendes ayant trait aux mythologies cosmogoniques, de régénération, voire d’immortalité, telles qu’on les rencontrent en Amérique  Latine, en pays Dogon ou en Extrême Orient. Catalyseur archaïque de forces psychiques de l’enfant, l image du carrosse surgie du ventre de la citrouille dans le conte de Cendrillon ou, celle, inquiétante de l’errance de Jack O’ Lantern dans les limbes, éclairée par la lueur d’un charbon enfermé dans la cavité du fruit, constituent des cristallisations formatrices de nos inconscients. Pouvoir de métamorphose et pont jeté par-dessus le trouble que des mondes antagonistes génèrent, résident en l’apparence même du fruit : extérieurement, rondeurs vigoureuses et accueillantes et à l’intérieur, tendreté aqueuse de la pulpe ou bien espace evidé quand le fruit devient ustensile façonné par la main de l’homme.

Dans la proposition de Michelle Ballion, le travail de la porcelaine modèle un jardin de curcubitacés, selon une  mise en espace du geste créatif qui repense sensiblement notre désir de réconciliation avec la nature en tant que projet artistique.




Malvina Bompart

Historienne de l’Art